Haiti

*Haïti crucifiée par les hypocrites du monde* 

Ils ont fermé le consulat, mais laissé ouvert le corridor des balles.

Ils ont interdit les visas, mais béni les cargaisons d’armes.

Ils nous refusent le droit de partir,

tout en armant ceux qui nous empêchent de vivre.

Les États-Unis grands exportateurs de douilles et de morale déclarent Haïti  dangereuse pour leurs fonctionnaires,

mais parfaitement rentable pour leurs marchands de guerre.

Un passeport haïtien fait trembler les ambassades,

mais un fusil M-16 ne dérange personne.

Un demandeur de visa est un risque migratoire, un trafiquant d’armes, lui, est un partenaire économique fiable.

Voilà leur justice.

Voilà leur ordre mondial.

Ils ferment les guichets du rêve et laissent ouverts les entrepôts du désespoir.

Haïti n’est plus une nation c’est un laboratoire.

Un terrain d’essai pour mesurer jusqu’où un peuple peut souffrir avant de disparaître.

Chaque balle tirée à Cité Soleil, solino, Croix des bouquets, Tabarre est une statistique géopolitique.

Chaque cadavre ramassé est un chiffre dans un rapport diplomatique.

Et pendant qu’on prêche la paix,

les mêmes mains qui signent les sanctions livrent les munitions.

Les mêmes puissances qui condamnent la violence sur la tribune de L’ONU 

l’entretiennent dans l’ombre des rapports étroits avec les gangs pour maintenir l’ordre du chaos.

 *Le Parti Viv ansanm* n’est pas des fantômes.

Il est le produit d’un système nourri, toléré, financé.

Leur adresse, Washington la connaît.

Leurs complices, les chancelleries les croisent chaque jour.

Mais ils sont utiles,

utiles pour justifier la peur,

utiles pour détourner le regard des vrais criminels 

ceux qui vendent les armes et appellent cela « *commerce international* ».

Pendant ce temps, le peuple s’endette pour une chance,

une simple entrevue dans un consulat étranger,

où l’humiliation devient procédure et la dignité, optionnelle.

Tu dois prouver que tu es assez misérable pour partir,

mais pas trop dangereux pour être accepté.

Et si ton rêve s’éteint, on t’explique que c’est « *la politique* ».

À ceux qui disent Haïti est ingouvernable,

je réponds *Non*. Haïti est trahie,trahie par ses fils déguisés en patriotes,

tra­hie par les puissances qui prêchent la démocratie

tout en semant des douilles dans nos cours d’école.

Trahie par une élite en cravate,

apatride par intérêt et muette par confort,

qui s’envole vers Miami dès que la rue s’enflamme.

Ils ont des passeports diplomatiques,

des comptes à l’étranger,

des prières de façade et des consciences vides.

Ils fuient pendant que le peuple, lui, reste dans les flammes, dans la faim, dans le vertige de la survie.

Et pourtant…

Dans les ruines, quelque chose veille.

Pas un Dieu, mais une force ancienne, indomptable,

qui traverse les siècles comme un souffle brûlant.

C’est le mystère d’un peuple qu’on ne peut ni acheter, ni soumettre.

C’est la mémoire invisible de *Toussaint* et de *Dessalines* ,

qui rôde dans les vents et gronde dans les tripes.

Haïti, dans son chaos, devient un phénomène mystique.

Un pays de chair et d’esprit,

où la douleur se transforme en matière de lumière.

Un territoire maudit par les puissants,

mais sacré par sa propre endurance,par sa résistance.

Un jour, les armes se tairont.

Pas parce qu’un traité l’exigera,

mais parce que la conscience collective aura atteint son point d’incandescence.

Le peuple haïtien est un feu on peut le piétiner, l’étouffer, le mépriser,

mais jamais l’éteindre.

Alors qu’ils ferment leurs guichets,

nous ouvrirons nos mémoires.

Alors qu’ils cultivent le chaos,

nous forgerons le mythe.

Parce qu’un peuple qui se souvient devient une force occulte.

Parce qu’une nation humiliée peut, un jour, renverser les tables du monde.

 *Haïti* ne mendie plus le visa du monde.

Haïti réclame la vérité cosmique de son existence.

Et s’il faut choisir entre un tampon et la liberté,

alors qu’ils gardent leurs visas nous, nous garderons notre mystère.

 *Robert Févry*

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