Compétence, Flatterie ou Politique

Mon pays, ma terre, ma société.

Le marché du travail, autrefois perçu comme un espace de mérite et de progression, s’est transformé en un théâtre d’alliances et de loyautés partisanes.

Dans cette société imaginaire — ou peut-être trop réelle pour certains — les repères traditionnels qui définissaient autrefois la compétence et la valeur d’un individu ont été balayés avec une désinvolture inquiétante. Les diplômes, les années d’expérience, le sens du devoir, la rigueur professionnelle, voire même l’intégrité morale, ne constituent plus des critères déterminants. Ils sont devenus accessoires, presque décoratifs. Ce qui compte désormais, c’est l’appartenance politique et la capacité à plaire aux bonnes personnes.

Le marché du travail, autrefois perçu comme un espace de mérite et de progression, s’est transformé en un théâtre d’alliances et de loyautés partisanes. Les processus d’embauche ne sont plus des évaluations de compétences, mais des exercices de positionnement stratégique. On ne demande plus « que savez-vous faire ? », mais « qui connaissez-vous ? » ou pire encore, « pour qui êtes-vous prêt à vous aligner ? ».

Dans ce système, la flatterie devient une monnaie d’échange. Les individus les plus habiles ne sont pas ceux qui maîtrisent un métier, mais ceux qui excellent dans l’art de dire ce que leurs supérieurs veulent entendre. L’authenticité est perçue comme une faiblesse, et l’esprit critique comme une menace. Ainsi, les voix dissidentes se taisent, non pas faute d’idées, mais par instinct de survie.

Cette dynamique engendre une profonde dégradation des institutions. Lorsque les postes sont attribués sur des bases politiques plutôt que professionnelles, l’efficacité s’effondre. Les décisions sont prises non pas pour servir l’intérêt commun, mais pour préserver des alliances ou consolider des positions de pouvoir. Le résultat est un système fragile, où l’incompétence s’installe durablement, protégée par des réseaux d’influence.

Plus grave encore, cette culture érode la confiance collective. Les citoyens, témoins de ces dérives, perdent foi en l’équité du système. Pourquoi s’investir, se former, faire preuve d’éthique, si tout cela n’a aucune incidence réelle sur les opportunités ? Une société qui décourage le mérite encourage fatalement le cynisme.

Pourtant, le danger ne réside pas uniquement dans l’injustice du système, mais dans son acceptation progressive. Lorsque ces pratiques deviennent la norme, elles cessent d’être remises en question. Elles s’ancrent dans les mentalités, se transmettent, et finissent par redéfinir les règles du jeu social.

Résister à cette dérive implique de réhabiliter des valeurs fondamentales : la compétence, l’intégrité, la responsabilité. Cela demande aussi du courage — celui de refuser de participer à un système biaisé, même lorsqu’il semble être la seule voie possible.

Car une société qui ne valorise ni le savoir-faire ni la moralité finit inévitablement par se priver de ce qui la fait avancer. Et lorsqu’il ne reste que la politique pour décider de tout, ce n’est plus une société qui fonctionne, mais un système qui survit — au prix de son propre avenir.

Bernier Sylvain BS

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