*ROBSY : Rara & Love Quand la procession devient déclaration d’amour*
1- La production : le rara comme architecture du cœur
La chanson s’érige sur l’échine rara une pulsation de marche, des patterns qui avancent comme une procession de Pâques,tambours, graj, tchatcha, vaksen et kòne où chaque timbre n’est pas décor, mais langage. La rythmique déploie ce balancement typique entre appel et réponse, frappes sèches et roulements qui ouvrent l’espace aux voix.
On perçoit une stylisation moderne,basse plus ronde, peut-être un pad discret ou une guitare qui tient l’harmonie, un mix qui laisse le cuivre saturer l’air tout en gardant les percussions au premier plan. Rien n’écrase la track respire, avance, invite. C’est un rara policé mais vivant, dont la force n’est pas le bruit mais la cohésion, la polyrythmie qui se pose sur une ligne claire : l’amour comme route, l’amour comme route partagée.
Cette production fait deux choses à la fois :
Elle ancre la chanson dans une mémoire collective (la rue, la foule, la poussière, les couleurs, les pas en cadence).
Elle transfigure cette mémoire en un écrin pop/urbain qui parle aux auditeurs contemporains.
La sensation est celle d’un carnaval intérieur on n’écoute pas seulement, on avance avec la chanson. Et chaque relance de kòne est un phare qui dit : « pa pè, nou la ».
2- Le texte : l’amour comme force de rassemblement
« Rara & Love » pose une intuition simple et vaste.Si le rara est procession, l’amour en est le motif. Le texte fait de l’amour une énergie sociale, pas une rêverie privée, mais une marche qui rassemble, une manière d’aligner le cœur individuel au battement du nous. D’où un champ lexical d’ouverture (chemen, men nan men, leve tèt), de persévérance (pa lage, suiv rit la), et de lumière (klere, lalin, solèy).
Philosophiquement, la chanson affirme que l’amour est rituel autant que sentiment il s’entretient par le rythme, par la répétition qui n’ennuie pas mais ancre, par l’appel-réponse qui n’impose pas mais dialogue. Mythiquement, on entend l’ombre d’Erzulie (amour, raffinement, désir de beauté) portée par l’élan d’Ogou (force, passage, protection) la douceur n’est jamais naïve, elle est armée d’allant.
Le message touche parce qu’il déplace : on part d’un « je t’aime » pour arriver à un « nou la ansanm ». L’amour devient commun comme une place publique où chacun entre avec sa voix, sa fatigue, son espérance.
3- Les voix : trois flammes, une seule clarté
Roberts Le socle incandescent

